6979 The Rainbow March (Marche contre l'homophobie)

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The Rainbow March (Marche contre l'homophobie)
Je marche a pied jusqu'a Istanbul pour lutter contre l'homophobie.
Non classé | 12.07.2014 - 15 h 18 | 0 COMMENTAIRES
Homophobie de routine à Belgrade

Begrade – le 10/07/2014

Arrivé à Belgrade le 9 Juillet et après avoir été logé une nuit chez la soeur de Belma (d’Okvir), je m’accorde un petit caprice de voyage: trois nuits dans une auberge de jeunesse avec France, mon copain slovène aui vient me retrouver à Belgrade aujourd’hui pour m’accompagner sur mon voyage le long du Danube vers la Bulgarie.

Son train arrive à 18h30 (une heure de retard, on ne se plaint plus de la SNCF quand on doit compter sur les trains des Balkans). Avant cela, je suis allé pointé à l’hostel pour aller pauser mes affaires dans notre chambre.

L’hostelier, en regardant ma réservation – trois nuits dans une chambre double – me demande si je serai avec ma « girlfriend »; je réponds au’il s’agit de « my friend ». Il n’a pas de chambre double disponible pour la première nuit, mais en attendant, on dispose d’un dortoir à 3 lits superpausés « pour nous tous seuls »… ça passe encore.

Après être allé chercher France à la gare, on débarque à la réception. En nous voyant; l’hotelier demande « c’est la girlfriend ? » en regardant France… il ajoute: « venez par ici, on doit parler en privé ». Il nous fait entrer dans le dortoir, ferme la porte derrière lui et nous demande « poliment » d’aller ailleurs, justifiant que « vous comprenez, ici tout le mobilier est neuf, et les voisins sont une famille avec des enfants… »

Bref on s’est fait viré, inutile de dire que France a voulu tout pêter, et que j’ai entendu faire entendre mes « droits de citoyens, objectant d’une discrimination méprisable ! ». Mais voilà, ici, c’est la Serbie.

Et les gays en Serbie sont traités comme cela:

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Non classé | 07.07.2014 - 13 h 50 | 1 COMMENTAIRES
Marche avortée et Schizophénie Nationaliste entre Sarajevo et Belgrade

L’eglise orthodoxe du quartier d’Andričgrad, construit par Kusturica

Mokro, le 26/06/2014

Je pars aujourd’hui de Sarajevo a 14 heures, j’ai un peu trainé dans les bureaux d’Okvir, ou j’ai discuté un moment avec Azra sur les potentiels problemes de nationalismes que je pourrais rencontrer sur ma route a travers la Republique Serbe de Bosnie.

« -Enleve ton panneau « Istanbul » et ecris Belgrade a la place, » me dit-elle

« – Il y a le drapeau turc sur ton panneau, mais eux le verront comme une provocation, la lune et l’etoile est de suite identifié comme un symbole Musulman. Pour ta sécurité, enlęve-le »

Elle continue:

« – Je viens d’une famille musulmane, mon nom, Azra, n’est pas un prenom serbe, mon pere a combattu contre les serbes pendant la guerre de Yougoslavie et est aujourd’hui invalide. Au college, on etait 4 musulmans pour 25 serbes dans la classe. Personne ne souhaitait nous approcher, et on se faisait menacer de maniere incessante par le principal qui nous accusait d’etre melés a tous les mauvais coups perpétrés dans le college. Fais bien attention par la bas… »

Fort de cet avertissement, je troque mon panneau en bois « Istanbul » pour un panneau en carton ecrit en cyrillique: « Београд », et prends mon chemin vers la capitale Serbe, ou j’ai prévu d’y etre le 8 Juillet.

Sortir de Sarajevo n’est guere compliqué, la ville s’étend tout en longueur d’Est en Ouest le long de la vallée qu’a creusé la riviere Miljacka. Pour sortir de la ville, il suffit donc de monter par la Montagne, et bien vite, on se retrouve sur un col duquel on voit lovée, au fond de la vallée, la belle Sarajevo et ses centaines de minarets.

Foot, Biathlon et Billard.

Aujourd´hui, j’ai prévu une petite mise en jambe: a peine 23km pour Mokro. Je monte le col de Stari Grad qui marque la frontiere entre la Fédération de Bosnie Herzegovine et la Republika Srpska, et ce, a peine etre sorti de Sarajevo (d’ailleurs, la partie Est de la ville: Istočno Sarajevo est Serbe). La, les panneaux sont ecrits dans les deux alphabets, d’abord en cyrillique bien sur. Alors que je passe par la petite route qui mene vers la prochaine vallée, une pluie s’abat sur le petit village de Brezovice. Je me réfugie dans une taverne ou une famille serbe est attablée devant le match Bosnie-Iran.

La grand mere, tenanciere de la « Kafana » m’offre le café, sans doute prise de pitié en me voyant dégoulinant sous ma cape de pluie. La Bosnie marque le premier but, le pere change de chaine. Alors que je m’appretais a acclamer le premier point bosniaque, mon élan est soudainement réprimé par le rictus du pere. Sa femme me dit « ici on est pas pour la Bosnie ». Discretement, je retire alors les petits badges croates et bosniaques qui ornaient mon chapeau bleu aux cotes de ceux de la Slovénie et de la Macédoine.

La pluie s’arrete. Je continue ma route en descendant vers Mokro. Cette partie de la Republika Srpska est tres belle. Comme dans tous les Balkans, je prends plaisir a marcher sur les collines douces recouvertes de forets, et de trouver en chemin des vaches sur la route, qui elles, n’ont pas a subir l’enfermement des clotures, la pression des frontieres.

J’aime aussi passer dans un petit bourg, et qu’il fasse beau ou non, trouver comme toujours un petit papy assis sur une chaise en bord de route, me regarder telle une bete curieuse, avant de me saluer, sans doute curieux de voir un marcheur dont la destination est indiquée derriere son sac (en l’occurence, Belgrade), et de me poser les memes questions, auxquelles je sais repondre, inlassablement et dans toutes les langues depuis mes premiers pas en Camargue:

« Ti si otkuda ? Kuda ideš ? Hodaš da ? hodaš iz Francuske ! Dober ! Dober ! Sretan Put! »

Et me voila reparti.

J’arrive en debut de soiree a Mokro, petite bourgade ininteressante a rue unique dont le café « Charlie » en hommage a Chaplin attire mon attention, et ou je pense bien y trouver mon hote pour ce soir. Je n’aurai pas le temps d’y entrer que deja, un groupe de 7 ou 8 jeunes s’agglutinent autour de moi pour me questionner avec interet. C’est avec ces nouveaux amis que je vais prendre quelques bieres au « Charlie ». Je n’ai malheureusement pas l’occasion de voir la France jouer ce soir, la reception etant rendue impossible par la pluie battante qui ne s’arrete pas. Ce soir, je rencontre donc Bojan, grand adepte de Biathlon, membre de l’equipe olympique de Bosnie, Slobo, qui travaille avec Bojan dans une scierie des environs et son grand frere Vljetan, le serveur du Charlie. Ce soir, ce ne sera donc pas soirée foot, mais soirée billard, et les serbes battront la France a plate couture.

Je dors la nuit chez Slobo et Vljetan, et repars le lendemain vers Sokolac.

Les amis de la Caverna

Le plateau de la Romanija, entre Mokro et Sokolac

La journée d’aujourd’hui aura été une des plus agréables du voyage. Pour aller de Mokro a Sokolac, il faut monter une premiere colline avant d’atteindre le plateau de la Romanija ou un restaurant on ne peut plus typique propose un Gulaz a trois euros. C’est bon pour ma pomme. Le cadre est superbe et j’en profite pour faire plaisir a mon appareil photo. Des voitures s’arretent a deux reprises pour me prendre en stop, je refuse évidemment mais apprécie l’attention, et remarque l’effet bénéfique immédiat de mon nouveau panneau « Beograd ».

J’arrive a Sokolac en milieu d’apres midi. J’apprecie de ne faire que de petites etapes (20-25km), si je forcais le pas, je pourrais etre rendu a Belgrade en une semaine, mais la, je prends 15 jours… « Ko ide polako ide daleko » (qui va doucement va longtemps)

Sokolac est une ville moyenne, batie sur une structure tout a fait Tito-esque, donc plutot inesthetique, mais ou les gens semblent apprecier de flaner dans les rues et de se rassembler dans les terrasses des cafes, nombreuses. Bon… il va sans dire qu’une fois de plus, j’attire tous les regards et quelques paroles lancees en l’air a mon passage, je n’apprecie guere, mais c’est ce qu’il se passe quand un personnage plutot rigolo, un trantinet ridicule et definitivement pas d’ici, se trimballe dans une ville ou jamais rien ne se passe.

Le cas de figure est le meme que la veille: je repere immediatement le bar ou je SAIS que j’ai une chance de rencontrer un hote potentiel. Mais comme la veille, je me fais interpeller par un groupe de jeunes, une vingtaine cette fois ci, qui ont tous entre 16 et 20 ans. C’est le moment etrange ou un petit francais maigrichon et ex-bizu se retrouve au milieu d’une bande de gros gaillards serbes. Alors il faut se foutre un léger coup dans le derriere pour etre en confiance en toute occasion. Un jeu qui est aujourd’hui parfaitement au point.

Bref, la litanie des questions reponses recommence, non pas sans lassitude, mais toujours avec ce faux enthousiasme qui caracterise ce voyage depuis quelques temps. Les jeunes decident de m’aider et de m’emmener chez le pretre. Celui ci, orthodoxe, refuse, pretextant ne pas avoir d’endroit pour moi. La pluie reprend alors de plus belle, et me voila entouré de mes trois nouveaux comperes, plutot peneauds sous un abris de bus vétuste. Arrivé a ce moment la, j’ai l’impression d’etre le chef de file, ils sont impressionés de me voir rouler une cigarette (chose inhabituelle par ici, ou les industrielles sont tellement bon marché) qu’ils fumeront comme un bédot, persuadés de fumer un calumet exotique et potentiellement illégal. Bref je me fous un peu d’eux, ces ptits jeunots.

Au final, les trois comperes, dont je ne me souviens plus des prenoms, m’accompagnent jusqu’a la rue principale, sous la pluie, et au premier bar venu me disent: « essaie ici ! bon voyage ! » et ils prennent la poudre d’excampete, me laissant comme un glandu sous la pluie a la terrasse d’un bar vide ou je sais tres bien que je n’aurai aucune chance. Bref, un peu laches les comperes…

Je fais tres souvent confiance a mon instinct et j’ai bien souvent raison. Le premier bar repéré, le Caverna, dcoré un peu kitschement comme une grotte a stalactites, semble etre un bon spot – non pas pour la drague, mais pour y trouver des gars sympas – Bingo ! A peine arrive, que Bojan (oui, un autre), le serveur commence a me parler et m’invite a la table de ses potes, dont Nikola, qui parle anglais et avec qui s’enchainent de longues conversations  sur l’esprit de voyage, leurs boulots a Sokolac, la situation en Republika Srpska, leur identite serbe etc… En m’ajoutant sur facebook, je m’excuse que ma photo de profil me presente avec un drapeau de la Bosnie pour soutenir l’equipe de BiH lors de la coupe du Monde, il ne m’en veulent pas et rigolent un coup.Je suis content de ne pas etre tombe sur des extremistes ce soir.

Nikola me dit pourtant: « J’ai des amis musulmans (bosniaques), mais avec notre histoire, je sais que je ne peux pas leur faire confiance, et eux non plus ne me font pas confiance, c’est le statu quo. »

Apres deux-trois bieres offertes, Bojan m’invite chez lui. En rentrant, sa mere a fait a manger. Les mamans, ici, comme partout dans les balkans, sont vraiment de super women. Elles attendent toujours que leur fils rentre a la maison, meme si c’est a minuit ou que celui ci approche trentaine, avec un repas complet (soupe, ragout de poulet et une forme de Potica en dessert, cette fois ci fourree a la confiture de framboises) PERFECT !

L’adorable maman me raconte qu’a mon age, elle a aussi marché a pied jusqu’a Belgrade en suivant exactement mon itineraire, mais qu’elle l’avait fait en 10 jours a peine ! Le frere de Bojan, Marko, un peu plus agé et diplomé en sciences politiques de l’Université de Banja Luka (capitale de la Republika Srpska), est journaliste pour la radio locale de la region de Sokolac – Pale. Il me branche immediatement sur l’histoire de la Serbie, et notamment des fabuleuses victoires face aux Ottomans. Je le coupe dans son élan, il est bientot 1 heure du matin et il faut que j’aille dormir. Son frere m’avait prevenu: « Marko ne va pas te lacher une seconde, il est a fond dans la culture ! ».

Le lendemain matin, je vais ouvrir le bar avec Bojan, et l’aide a installer les chaises dehors. Bien vite, tous les potes de la veille nous rejoignent pour un cafe. Marko nous rejoint et me demande de lui accorder une interview pour la radio locale.

Il m’emmene dans les locaux de la radio, et realise l’interview (pas en direct – Dieu soit loué) au dictaphone. Apres m’avoir pausé trois questions en serbes (les simples, celles auxquelles je sais répondre, c’est a dire, pas énormément), on switche en anglais et c’est parti pour un dialogue qui oscillera entre identités francaises et serbes, la culture européenne, la Yougoslavie, le point de vue d’un « Westener » sur ce chaos balkanique etc etc… En gros, Marko a realisé cette interview (qui ne sera sans doute pas publiée) pour assouvir son besoin de parler culture et histoire avec une oreille plus attentives que celles de ses potos de gargotte.

Pendant l’interview il me parle d’un sujet qui attire mon attention: « Demain, a Višegrad, se tiendra la fete nationale Serbe, qui marque la grande bataille du Kosovo le 28 Juin 1389, ou les Serbes ont repoussé l’Empire Ottoman. Cette bataille s’est terminée par un affrontement épique entre le Roi du Royaume de Serbie et du Sultan Ottoman ou tous deux ont trouvé la Mort. Demain donc, a Višegrad qui est la ville dont Emir Kusturica est le maire, de grandes célébrations seront offertes dans le quartier d’Andričgrad, construit par Kusturica lui-meme pour son prochain film sur le nobel de littérature serbe « Andrič ». Kusturica fera un concert gratuit avec son groupe « The non-smoking Orchestra » et le Président serbe lui meme sera présent ».

Il n’en fallait pas plus pour m’arreter net: Emir Kusturica, le grand realisateur Yougoslave qui a réalisé certains de mes films préférés: « Undergroud, « Chat Blanc, Chat Noir » dont la musique est en quelque sorte la Bande sonore de mon voyage, avec des morceaux tels que « El Bubarama Pasa ». Sur un coup de tete je décide de faire un detour de 80km sur mon voyage pour rencontrer le Grand et Unique Kusturica !

A l’issue de l’interview, le patron du bar « La Caverna  » (un trentenaire qui a passe un bout de vie en Allemagne) m’emmene en voiture a Rogatica. De la, il ne me reste plus que 40km et deux voyages en auto-stop pour arriver a Višegrad.

Adieu, Kusturica.

La Statue de Ivo Andrič. Prix nobel de littérature, originaire de Višegrad

Arreté au croisement de deux routes principales, quelque part autour d’Ostiprača, je remarque un homme le pouce en l’air sous un abri de bus, sur la route de Višegrad. Je vais lui parler, on va bel et bien tous les deux vers Višegrad, on decide donc de faire le chemin ensemble. Il s’appelle Mladen, il a le teint buriné, le sourire édenté et sent un peu le clochard. Il n’a pas l’air bien méchant, mais est passablement lourdo, je ne souhaite pas me le coltiner trop longtemps.

Il s’arrange pour faire s’arreter un policier municipal de Višegrad, venu dans sa voiture civile verte pour faire le plein a la station essence d’en face. Mladen et l’officier ont l’air de se connaitre. Mladen fait la conversation pour moi et explique mon voyage au policier. Quand le policier demande ou je dors, Mladen dit: « chez moi ! » et me fais un clin d’oeil.

Autant dire qu’a la sortie de la voiture, alors qu’on marche sur le mythique pont « Most Na Drinu » rendu celebre par les ecrits d’Andrič, je sors des excuses un peu bidon pour dire a Mladen que je ne peux pas dormir chez lui « parce que j’ai peut etre un ami d’un ami de Sokolac qui peut me loger… »

Pour m’excuser aupres de ce vagabond quand meme plutot gentil, je lui propose de lui offrir une biere… il en prendra trois. A ce stade la ce n’est pas bien grave. Il m’emmene dans une toute petite « Kafana », repere de tous les vieux lascards du village de Višegrad, mais dont la serveuse est plutot sympa, malgré un sourire faux.

Je parviens enfin a me defaire de Mladen, que l’ennui de vivre rend ecrasant. Je visite donc le village ininteressant de Višegrad, dont le seul attrait, outre le pont classé a l’Unesco, et la « ville dans la ville » de « Andričgrad ». Un petit Disneyland, entierement fake, que Kusturica a voulu faire ressembler a un bourg typique serbe.

Andričgrad, le délire de Kusturica

Le village d’Andričgrad, a quelques pas du centre de Višegrad a été récemment construit de toutes pieces par Kusturica, pour un film hommage au Nobel de litterature Ivo Andrič, natif de Višegrad. La journée de la fete nationale serbe, sera donc également prétexte a inaugurer ce village fantasque. Avant d’y entrer, il faut montrer pate blanche, et passer par des portes de securité d’aeroport. Coup de bol, le policier rencontré en auto-stop est celui qui fait la sécurité aujourd’hui. Je me dis alors que si je suis poto avec le gars de la sécurité, c’est déja bien parti pour rencontrer Kuku.

Aujourd’hui a Andričgrad, on fait les répétitions pour la cérémonie de demain. Tous les acteurs sont vétus de costumes traditionnels serbes. Un homme qui se charge apparemment de la représentation m’apprend que Kusturica ne sera présent que le lendemain. Je prends soudain conscience d’un détail important: je n’en connais quasiment rien sur Kusturica. Je sors d’Andričgrad, un peu enervé par le nombre de touristes, et pars m’enfermer dans un cyber pour lire l’ensemble de l’article de wikipedia sur Emir Kusturica.

J’apprend tour a tour que celui ci a changé son nom et sa religion (de musulman a orthodoxe) pour devenir serbe alors qu’il est de Sarajevo. Il s’appelle aujourd’hui Nemanja, et dit se sentir « Yougoslave », ce qui ne va sans doute pas aider a calmer les symptomes de la Yougonostalgie dans ces pays. De surcroit, il semble accoquiné avec les mouvements nationalistes serbes, et a injecté beaucoup d’argent pour lutter contre l’indépendance du Kosovo. Un gout amer me vient en bouche quand je relis la lettre ecrite pour Emir – ou Nemanja, dans laquelle je lui fais part de mon inconditionelle admiration. Hmm…

En discutant avec les gens d’ici pourtant, tout le Monde semble l’adorer et on me garantit que cet homme est tres abordable et qu’il acceptera sans doute de discuter avec moi… oui mais de quoi ? De la grandeur de la Nation serbe a l’encontre de ses consoeurs ? Je commence a avoir de serieux doutes sur mon admiration pour cet homme.

Le soir, alors que je déprime devant l’ordinateur, je decide de revenir a la Kafana ou j’avais bu une biere avec Mladen. Ce soir a la Kafana, un groupe de musique traditionnelle a pris place dans la salle minuscule pour célébrer la fete nationale. En arrivant, je remarque deux tables ou les vieux bourrus du coin s’abreuvent de biere, et une table au milieu ou 5 gars, plus jeunes, applaudissent au rythme de la musique. Il va sans dire que je me fais remarquer en entrant avec mon gros sac, mais la serveuse, qui m’a vu en debut d’apres midi m’accueille avec un grand sourire (toujours un peu faux) et me fait m’asseoir avec les plus jeunes.

Il est difficile de décrire ce qui se passera alors. Je passe un bon moment, malgré un peu d’embarras lorsque, apres que les musiciens aient joué l’hymne serbe, les bourrus du bar se mettent a taper des poings sur les tables et crient « SRBIJA SRBIJA ». Mes compagnons de table sont plutot sympas, un d’eux est un quadra engagé dans l’armée, alors que les 4 plus jeunes (dont un qui porte le prénom de Nemanja) ont des petits boulots a Višegrad.

J’avais commandé une biere a la serveuse, au lieu de ca, son collegue, un ex-drogué (d’apres les dires du militaire) abreuve notre table sans relache, apportant 5 nouvelles bieres toutes les 10 minutes, malgré mes « Polaco ! Polaco! » (doucement, doucement). On trinque encore et encore, des gars nous rejoignent, on se leve pour danser avec la serveuse. On ignore les injonctions du jeune homme en vert au comptoir, sans doute atteint d’une maladie mentale legere,

J’aurai bu trois bieres, les autres deux ou trois fois plus, deux autres bieres pleines m’attendent a ma place. A minuit, la musique s’arrete. Le serveur fait le tour du comptoir et se ramene avec un bout de papier sur lequel il a annoté par des traits et des lignes, le nombre de bieres commandées a notre table. Il pause le papier devant moi: 35 bieres – 70 Marks.

Je regarde le papier, un peu héberlué et pause le regard sur la serveuse, le serveur bourré et mes compagnons de tables qui m’observent tous avec un air malin. Je leur dis que je ne peux pas payer la totalité, je souris, je demande a ce qu’on m’aide un peu. Personne ne bouge.

J’insite « potujem sa tri-šetri euro na dan » (je voyage avec trois-quatre euros par jour). Ils me répondent « Tu peux payer en euro, c’est bon c’est bon ! Ou en Francs ! Toi qui est francais ! » En francs… quel bande de cons putain ! Je m’enerve, je cherche l’appui du militaire. Il ne bouge pas. La serveuse continue de me lancer des grands sourires « dobro ! dobro ! » (c’est bon ! c’est bon !).

Un des gars bourrus se leve, il commence a tonner quelque chose du genre « c’est quoi ton probleme ? tu es francais, t’as de l’argent ! ». Tout le monde commence a me crier dessus en serbe, dans les paroles redondantes, le mot « Francuz » revient tres souvent. Je ne m’en sortirai pas ce soir. Je me leve, sors les 80 marks qui me restent pour voyager jusqu’en Serbie, en pause 70 sur la table. Et sans dire un mot mais en montrant bien mon dégout, prends mon sac et mon baton, lance un crachat sur la table et sors de ce bar, dans le silence complet.

Il me faut un peu de temps pour comprendre ce qu’il vient de m’arriver. Je m’asseois sur les marches d’un escalier en métal pres du pont et fais le compte rendu de la situation: Il me reste 10 marks: 5 euros. Avec ca je dois tenir 2 semaines jusqu’a Belgrade. Avant Padoue, ou je voyageais sans argent, cela ne m’aurait pas fait peur. Mais dans ces pays la, voyager sans argent est tout bonnement impossible.

Deuxieme révélation: je ne sais pas ou dormir ce soir, il est 1h du matin. Les pourris du bar m’ont laissé tombé et je n’ai ni l’envie ni l’energie de retourner dans un bar pour refaire la meme conversation avec d’autres gars bourrus pour trouver l’hospitalité. Non, ce soir je dormirai la, sous ces escaliers, dans l’herbe, pres de la Drina, et je me les pelerai toute la nuit, en ne dormirai pas plus de 4 heures.

La Schizophrénie Bosnienne.

Le lendemain, c’est un flic qui me réveille, allerté par une mamie surprise de voir un vagabond dormir pres du pont. J’ai l’air misérable, mais par amour propre, tente de me montrer digne face au policier. Je lui explique ce qu’il s’est passé la veille. Ou du moins, tente de le faire: il ne parle pas anglais, et mon serbe est limité. Le policier hausse les épaules, et me demande de déguerpir. Le président serbe et Kusturica arrivent dans la journée, ne l’oublions pas.

J’en ai ma claque ! Je ne veux plus entendre parler ni de Kusturica, ni du Kosovo, ni de l’Empire serbe, et surtout plus de Višegrad. Je n’ai rien dans le ventre, mais j’ai juste envie de marcher. Alors je marche, trois heures, de Višegrad en sens inverse vers Sokolac. Mais la route n’est guere agréable. Pour rejoindre Ostiprača, il faut traverser une dizaine de tunnels non éclairés. J’ai soif, je suis fatigué et je hais le Monde entier.

En marchant, je passe devant une maison ou une famille est en train de partager un grand repas. En me voyant passer sur la route, le pere de la famille me fait de grands signes de bras et m’invite a partager le repas avec eux. Je vois cet homme comme le Messie car j’ai vraiment tres faim, et soif.

Je salue mon hote, et toute la famille: sa femme, sa fille, son mari, les petits enfants, le frere et la Mamie. Je demande au pere d’ou il est:

« Sarajevo, Bosna i Hercegovina, Evropska Unija ! » Union Européenne… bien entendu. Bon j’ai donc affaire a une famille bosniaque, donc musulmane, non pas serbe, c’est d’ailleurs pour cela qu’aujourd’hui, ils partagent un succulent repas avant le debut du Ramadan. Je suis bien heureux de partager les grillades de poulets et les pommes de terres roties, puis les delicieux bakhlavas de la mamie. Apres une sieste pres de leur Piscine de fortune, je prévois de rentrer a Sokolac pour retrouver les amis de la Caverna et continuer mon chemin le lendemain vers Han Pijesak. J’ai trois numeros de telephone pour joindre Nikola, Bojan ou Marko. Je demande alors a ma nouvelle famille d’acceuil si ils peuvent me passer leur portable pour passer un coup de fil. Toujours prets a aider, le pere et le fils acceptent. Mais, en voyant les numeros que je leur fournis (qui commencent par 65, indiquant que se sont des numeros de la Republika Srpska), ils refusent.

Pour justifier leur refus, il m’expliquent en Bosnien des histoires non crédibles de cartes et de crédits non compatibles entre la Federation de Bosnie Herzegovine et la Republika Srpska. Je reflechis une minute… c’est le MEME PAYS ! BORDEL ! Il n’y a pas de differences entre un portable de Banja Luka ou de Sarajevo, et l’un et l’autre peuvent tres bien s’appeller…

Bref, je suis en train d’assister a un exemple saisissant de la schizophrénie nationaliste de ce petit pays… je HAIS toute forme de nationalisme, et la Bosnie me montre pourquoi.

Je remercie mes hotes et continue ma route, esperant bien chopper un auto-stop qui m’emmene a Sokolac.

Je marche une heure d plus, encore par des tunnels, arrivé a un embranchement, vers 17 heures, je commence a tendre le pouce. Peu de voitures passent, la premiere qui s’arrete veut me faire payer 100 euros pour Sokolac… decidemment.

Plus tard, une autre s’arrete. Cette fois, je demande ou les gens vont. Le conducteur me repond: Sarajevo… je refléchis un quart de seconde et dis: « ok c’est bon ! Sarajevo ! »

Encore une decision prise en un coup de tete, mais apres avoir passé deux jours entourés de gens malhonnetes, nationalistes ou tout simplement idiots, j’ai juste envie d’etre entouré par des gens que j’aime, dont ma pote Chloé avec qui je sais que je ne risquerai ni d’etre dévalisé, ni d’etre laissé dehors.

Je monte dans la vieille Volkswagen qui tombe en ruine. Le conducteur et son passager ont l’air sympas. Je n’ai pas trop envie de parler, alors je dors. Arrive 30 km avant Sarajevo, le conducteur me reveille et me dis: ca te coutera 50 euros pour Sarajevo…

Je me reveille la bouche pateuse en essayant de transcrire dans ma tete ce qu’il vient de me dire en Bosnien… pardon ?

« 50 euros ! »il dit

Cette fois, je rigole, mais je rigole bien fort ! Je lui explique que la veille « imao sam problem » que j’ai dormi « pod mostu » et que « ne imam novca » : j’ai plus un rond. Le mec me répond.

Si tu payes pas, je te lache ici… on est en pleine cambrousse. Alors j’ouvre mon porte monnaie et je lui montre ce qu’il me reste: 11marks 30. Il prend le billet de 10 et me dit:

« regarde tes chaussures  (mes alpinas slovenes) » « t’as pas de problemes d’argent va ! »

Je commence a chauffer, je lui crie dessus, « Non ! tu as raison, j’ai pas de problemes d’argent. Tu sais pourquoi ? Parce que je n’en ai pas, je voyage a pieds, avec peu d’argent, j’ai pas besoin d’argent. Mais toi, toi t’as de gros problemes d’argent, VOUS TOUS dans ce putain de pays vous avez des problemes d’argent, vous etes tous a baver sur l’argent… novac novac ! il n’y a plus que ce mot a la bouche ! »

Je passe sur sa justification a la con de « ekonomička kriza ». Il me laisse au bord de la Miljiačka, sur une artere principale de Sarajevo et je cours me réfugier au bar Kriterion, ou mes amies, Adina, Nina, Cloclo et Marie me rejoindront plus tard, un peu surprises de me voir débarquer comme ca.

Sarajevo, back home.

Plus tard, en expliquant mon histoire a Azra et Nina (de Okvir), les deux s’enervent: « T’es completement fou d’aller dans une kafana a Višegrad le jour de la fete nationale serbe, mais alors completement inconscient ! Tu crois quoi ? qu’un petit francais peut se ramener au milieu d’un groupe de serbe comme ca ? Tous ces gars ont fait la guerre, tous ces gars ont tué des gens, une personne sur trois en Bosnie n’ont pas rendu les armes par crainte de chantages ! Et toi tu te ramenes dans une kafana… la kafana c’est pas comme dans un café ou tu prends une limonade avec tes copines. Dans la Kafana, il y a un ordre etabli, il faut etre le dur du coin pour y faire la loi… et toi t’as craché sur la table ! Alors que c’est un des signes d’irrespect les plus odieux ! T’as la chance d’etre vivant, je te le dis ! »

Azra en rajoute: « Tu auras eu un bel appercu de la schizophrénie nationaliste dans ce pays, le reve yougoslave ou tout le monde se melangeait est terminé. Aujourd’hui, les gens ne se mélangent plus et se détestent toujours. Les bosniens t’ont menti au sujet des appels mobiles entre la Republika Srpska et la Féderation de BiH, mais tu as eu un bel apercu des consequences que peuvent avoir l’idiotie ethnique. En tous cas, si tu m’avais parlé avant de Kusturica et de ton intention d’aller a Višegrad, j’aurai immédiatement contenu ton enthousiasme ! En ce qui concerne l’argent, sache que dans les Balkans, on sait se faire des sous illégalement, entourlouper un touriste de l’Ouest est la premiere des banalités ici… »

Bon… du coup, je revois mon itinéraire, or, il m’est impossible de contourner la Republika Srpska pour aller a Belgrade ou je retrouve mon copain slovene, France, le 10 Juillet. Avant toutes choses, je dois me reposer un peu. J’apprends dans la semaine qu’une ancienne amie francaise qui trvaille en Serbie va passer quelques jours a Sarajevo. Je vais donc rester pour l’accueillir et soutenir la France avec Cloclo lors des prochains matchs de la coupe du Monde.

De plus, Chloé m’apprend que l’organisation pour laquelle elle travaille, Le « Balkan Investigating Reporting Network » va presenter dans la semaine l’Avant premiere de son film sur les portés disparus pendant la guerre.

Le film passe le jeudi, les images des charniers humains sont pénibles.  A la suite de la représentation, alors que les spectateurs tentent de se remettre des horreurs de guerre diffusées pendant ce film, la présentatrice invite un pere bosniaque (qui a perdu ses enfants pendant le conflit inter-ethnique de l’ex yougoslavie) afin de l’interviewer sur sa propre experience. Les spectateurs sont invités a pauser des questions: deux serbes, un homme et sa femme prennent la parole pour critiquer le fait que le film soit centré sur les victimes bosniaques alors que des serbes ont egalement perdu des enfants pendant la guerre, et qu’en conséquence, des représentants des trois ethnies (serbes, croates et bosniaques) devraient etre représentées.

Apres que la femme ait renchéri sur « le manque d’objectivité et la victimisation incessante sur les serbes », elle prend le bras de son mari et s’en vont en fustigeant les spectateurs surpris d’un regard hautain.

Nina, qui a vecu la guerre pendant son enfance, et qui a perdu nombre de cousins et amis a l’age de 7 ans (tués par les serbes), lance un cris de contestation.

« Ces enfoirés sont juste venus la pour faire le show ! On s’en fout de devoir montrer des croates, des bosniques et des serbes, on a tous souffert non ? C’est eux qui continuent d’intensifier les tensions ! Ces sales cons !  »

 

Et oui, au bout de 20 ans, on en est toujours au meme point…

Non classé | 12.06.2014 - 14 h 56 | 0 COMMENTAIRES
Okvir: The Resistance of Love, le film!

Bonjour à tous,

J’ai réalisé la semaine dernière un documentaire sur l’association Okvir, je vous en avais déjà dit quelques mots dans l’article où je vous explique pourquoi je suis passée de l’association All Out à Okvir, que je soutiens.

Un tournage intense de 5 jours s’achève donc, et une nuit de montage plus tard, voici le film!

Découvrez ces activistes au sang froid: Azra, Belma, Nina, qui lancent une résistance courageuse basée sur l’amour, la compassion et l’espoir.

J’espère vivement que ce film vous plaira, et je promets de le republier bientôt avec des sous titres français…

Et pour continuer de soutenir l’action, rendez-vous ici.

Non classé | 05.06.2014 - 10 h 29 | 0 COMMENTAIRES
Rappel des faits: violences au Queer festival 2008 de Sarajevo

En 2008, l’Association Q, prédécesseur de Okvir, lance le premier festival de cinéma LGBT de la région des Balkans. Ils organisent des projections de films Queer ou a thématique LGBT, condition des femmes… Les représentants des ambassades partenaires sont présents. Et les exposants viennent présenter leurs oeuvres, sur des formats divers. Des débats et tables rondes sont organisés.

Mais le soir du lancement officiel, dans l’académie des arts, qui pour la premiere fois recevait autant de monde, un groupe d’extrémistes nationalistes ou religieux, viennent protester contre l’événement, et poursuivent les invités et activistes dans les rues, sur plusieurs centaines de metres. Ce soir la, une dizaine auront été frappés, et plusieurs d’entre eux envoyés aux urgences.

Protesters shout slogans against the first-ever gay festival organised in Bosnia in central Sarajevo

Les agitateurs du Queer Fest

Voici le documentaire qui retrace les événements du festival:

Non classé | 05.06.2014 - 10 h 25 | 0 COMMENTAIRES
La marche contre l’homophobie n’ira finalement pas à All Out mais à l’association bosniaque Okvir

Chers yaggeu/se/r/s,

Je voulais tout d’abord vous remercier de votre merveilleux soutien pour ce projet qui me tient très à coeur: organiser une collecte pour soutenir les mouvements LGBTs et les droits de l’Homme dans les Balkans.

Je suis parti avec l’idée d’organiser une collecte pour une association LGBT, et j’avais choisi All Out que je connaissais bien. Cependant, il y a eu un changement dans mes plans. All Out m’a contacté la semaine dernière pour me signaler qu’ils aimaient mon concept, mais que pour des raisons légales, ils ne souhaitaient pas lever des fonds depuis une autre plateforme que la leur.

Par chance, dans le même temps, j’ai rencontré des activistes locaux à Sarajevo, particulièrement motivés pour lancer un nouveau mouvement en Bosnie Herzégovine, l’association Okvir, que vous pouvez retrouver ici. Je les ai rencontrés dans le cadre de ma Marche contre l’Homophobie, et  j’ai compris que Okvir ferait des choses remarquables avec cet argent.

Okvir est une jeune association, fondée sur les bases de l’Association Q qui avait, en 2008, crée le premier Queer Festival de Sarajevo (cliquez ici pour voir mon article sur Sarajevo). Je vous invite a visionner le documentaire qu’ils ont tourné en 2008, pour dénoncer la situation désastreuse des LGBTs en Bosnie Herzégovine.

Les jeunes filles de Okvir, ex-étudiantes pour la plupart, travaillent d’arrache-pied pour lancer leurs nouveaux projets:

– Soutien psychologique et thérapies de groupe pour les LGBTs et les femmes victimes de violences (viols, violences domestiques, outings, adolescents bannis de leur foyers…)

Pour cela, elles travailllent en collaboration avec le Holistic healing psychological center de Budapest, qui les forment aux thérapies de groupes et aux nouvelles approches de soutien psychologique pour les victimes de violences domestiques. Elles souhaitent également organiser un colloc pour sensibiliser les psychothérapeutes bosniaques aux violences envers les femmes, un sujet qui n’a pas encore pénétré les consciences dans leur pays.

– Organiser des événements culturels pour soutenir les artistes LGBTs dans les Balkans, et mettre en place des projections suivies de débats sur les problématiques LGBTs et d’émancipation des femmes.

– Organiser une aide humanitaire pour les enfants des zones sinistrées après les inondations qui ont récemment endeuillé la Bosnie Herzégovine…

Tous ces projets demandent des moyens, mais pas nécessairement conséquents, puisque l’on peut compter sur ces filles pour faire les choses bien avec peu. Or, alors que quatre d’entre elles travaillent pour Okvir à plein temps, les seuls fonds qu’elles reçoivent proviennent d’une association suédoise. Elles partagent à 7 les 700 euros de salaire mensuel qu’on leur finance. Il va de soit que leur gouvernement ne soutien absolument pas les mouvements associatifs. Le budget annuel du gouvernement bosniaque pour les associations de Droit de l’Homme était de 300 euros l’année dernière…

C’est pour cela que j’ai décidé de lancer une nouvelle collecte, plus honnete, au profit de Okvir, afin que les membres de l’association puissent financer leurs nouveaux projets.

C’est une collecte plus modeste: 1000 euros visés, car je veux être sûr qu’elles recevront ces fonds. Les règles d’Ulule voulant que si la somme visée n’est pas atteinte, l’argent retourne aux donateurs. Cliquez ici si vous souhaitez participer à cette collecte. Je voudrais donc m’excuser auprès de vous, l’argent que vous avez injecté dans la collecte précédente vous sera entièrement remboursé, et si vous le souhaitez, vous pouvez bien évidemment le transférer à la nouvelle collecte.

Dans la fin de la semaine, je publierai un documentaire sur Okvir que je suis en train de tourner. C’est d’ailleurs pour cela que je suis resté une semaine de plus a Sarajevo. De plus, Okvir et moi même publierons régulièrement des news, et vous tiendrons au courant de l’utilisation de l’argent levé.

J’espère faire de cette marche une action honnête. Faites tourner!

Antoine

Non classé | 29.05.2014 - 12 h 31 | 0 COMMENTAIRES
La marche et la lutte continue !

photo blog ulule

 

Je suis parti de chez moi le 8 Janvier avec un rêve de gosse: faire un grand voyage. J’ai souhaité faire de voyage un projet ambitieux, traverser l’Europe à pieds, avec pas ou peu d’argent, comme un pèlerinage. L’idée ? Avoir les pieds sur terre à chaque instant, et avancer pas à pas jusqu’à Istanbul: la porte de l’Asie.

 

Je suis aujourd’hui à Sarajevo, la moitié du chemin, 2000 km, en 5 mois. J’arriverai à destination en Septembre. Pour arriver jusqu’ici, j’ai du compter sur des centaines de personnes qui m’ont permis de continuer, qui m’ont offert l’hospitalité, m’ont soutenu, m’ont souhaité bonne chance.

je me suis fait des dizaines et des dizaines d’amis, j’ai rencontré un amoureux, j’ai appris une nouvelle langue, l’italien, j’ai retrouvé ma famille éloignée a Padoue, j’ai rencontré des prètres, des gens riches ou pauvres qui m’ont tout donné, des gens bons et des moins bons, dans tous les pays traversés: la France, l’Italie, la Slovénie, la Croatie et maintenant la Bosnie. J’ai ramassé du bois et du fumier dans des fermes, j’ai partagé des repas traditionnels, j’ai célébré Pâques dans une famille slovène et aidé des serbes à nettoyer leurs maisons après les innondations en Bosnie.

Toutes ces aventures, je les ai bien sûr écrites sur mon blog de voyage: Un Ptit Bout On The Road

 

En parallele, je suis aussi militant LGBT, je l’avais ete en Russie il y a deux ans, et je le suis maintenant dans les Balkans, dont je fais le tour a pieds, a la rencontre des activistes, des queers, des gays, des lesbiennes, et ce, avec la meme envie de connaitre des gens, de connaitre leurs vies, de savoir quelle est leur situation dans ces pays.

 

Aujourd’hui, je suis a Sarajevo, capitale de Bosnie Herzegovine, ou je commence a rencontrer les activistes qui tentent des actions dans un pays ou le fatalisme regne. Vous trouverez toutes les interviews dans les articles precedents sur cette page.

March Against Homophobia

 

En outre, je leve 2000 euros pour les campagnes contre l’Homophobie lancees par une associtaion que vous connaissez bien: All Out

De fait, j’ai grand besoin de votre aide ! Donc tout soutien est tres tres bienvenu 🙂 Venez jeter un coup d’oeil ici: Ma Page Ulule

IL ME RESTE 18 JOURS POUR LEVER 1800 EUROS !

Si je ne reussis pas, l’argent n’ira pas a All Out et sera retourne aux donateurs.

 

Et sinon, je vous invite a ecouter mes interviews sur Le Mouv:

http://www.lemouv.fr/player/reecouter?play=151640

a 12mn40

 

et la precedente:

http://www.lemouv.fr/player/reecouter?play=143322

 

a 25mn34

 

 

Non classé | 28.05.2014 - 12 h 16 | 0 COMMENTAIRES
Activisme Laborieux en Bosnie Herzégovine

La Bosnie Herzegovine est un des pays les plus politiquement et economiquement instables des Balkans. Privée d’ institutions fortes et d’esprit citoyen, il est difficile de mettre en place tout mouvement politique ou civique. Pour comprendre la situation de ce pays dont on ne connait presque rien en France – hormis peut etre les innondations meurtireres qui ont ravagé le pays il y a deux semaines, il faut se replonger dans son Histoire, récente et sanglante.

 

La Bosnie Herzégovine faisait a l’epoque partie de la Yougoslavie, grand reve d’un dictateur aimé de son peuple: Tito, qui a voulu, a l’issue de la 2eme guerre Mondiale, créer une nation forte, rassemblant les Républiques de Serbie, Croatie, Bosnie,  Montenegro, Macédoine et  Slovénie, ainsi que les deux autonomies: Kosovo et Vojvodina. Tous ses peuples, « Slaves du Sud » ont toujours été des nations soeurs, parlent plus ou moins la meme langue: le Serbo-Croate, langue régionale majeure a l’époque yougoslave, hormis la Slovénie, ou l’ont parle Slovene. Tito a réussi a gommer les différences qui les éloignaient, notamment religieuses. Ces peuples, au contraire des grandes nations, n’ont jamais influencé quiconque, et ont au contraire été forgés par des puissances exterieures. Ainsi, les croates, qui lisent l’alphabet latin, sont catholiques et ont vécu sous le giron de Venise puis de l’Empire Austro-Hongrois. Les Serbes ont ete evangelisés par cyrille et Méthode, adopterent l’alphabet cyrillique et la religion orthodoxe. Les Bosniaques, eux, ont été envahis par les Ottomans, qui ont laissé une trace indélébile a Sarajevo, petite Istanbul, et bien évidemment, leurs coutumes (ici, on se salue par « Salam Alikoum » et on boit le cafe a la turque) et leur religion, musulmane. Les liens aujourd’hui entre la Turquie et la Bosnie sont forts.  Avant l’Allemagne, c’est avec la Turquie que la Bosnie echange principalement, et de nombreuses entreprises turques viennent profiter des bas salaires de Sarajevo. Alors que Zagreb est completement tournée vers l’Europe, et Belgrade vers Moscou,  ici, on a les yeux rivés sur le Moyen Orient et l’Afrique du Nord Est.

 

La Bosnie est le troisieme pays de l’ex Yougoslavie a avoir demandé son indépendance, or, coincé entre ses deux encombrants voisins, les Croates et les Serbes, qui avaient la puissance militaire et pas vraiment l’intention de laisser Sarajevo – grande ville culturelle et pole majeur de la Yougoslavie – echapper a leur commandement. La guerre ici a été sale: des  milliers de morts entre 1992 et 1995, un grand nettoyage ethnique pour empécher les naissances bosniaques, les serbes ont alors créé des camps de viols pour que les femmes bosniaques fassent des enfants au sang serbe. Les croates, qui sont en majorité en Herzégovine, au sud et a l’Ouest du pays, voulaient grignoter cette partie du territoire, les serbes convoitaient la republika srbska, au Nord et a l’Est, peuplée d’orthodoxes. Et surtout, Milosevič, president serbe de Yougoslavie, refusait de laisser s’émieter sa grande puissance qui n’enrichissait plus que Belgrade. La guerre de territoire a alors entrainé la guerre religieuse et ethnique, entre nations soeurs. On assiste alors a une sorte de guerre féodale, mais avec des armes modernes… pas du tres propre.

 

La Bosnie aujourd’hui n’est toujours pas une entité soudée, il y a trois régions: La Republika Srpska (serbe) qui occupe 49% du territoire , la Bosnie et l’Herzegovine (croate). La Republika Srbska a son propre gouvernement, situé a Banja Luka, la federation de Bosnie Herzegovine a également son gouvernement, et les deux unités sont couvertes pas un grand gouvernement national. Le pays compte donc trois ethnies et trois religions, mais une seule langue, avec quelques différences minimes entre le Serbe, le Croate et le Bosniaque. Les institutions ne sont pas solides, plusieurs partis, représentant chacun une ethnie se partagent le pouvoir, et ne sont d’accord que pour initier les grosses affaires de corruption qui secouent régulierement le pays. Il n’y a pas de politique de développement serieuse, pas de politique écologique, et la politique des droits de l’Homme est dépassée, héritée du modele Yougoslave.

 

C’est un pays en développement, et pas habitué a la vie démocratique. Les institutions sont instables et la politique tres eloignée du peuple, perdue dans les multi-partismes, nationalismes, affaires de corruption et une division gouvernementale. Ici, tout mouvement citoyen ou activiste est presque impossible tant la politique n’a pas su intégrer les moeurs de la population. Les gens ici semblent souvent pris d’une sorte de fatalisme, avec 50% de chomage,  un salaire minimum de 175 euros, de grosses sequelles laissées par la guerre et 50 ans de dictature confortable, on a bien plus tendance a suivre son habituel chemin de croix, chercher avant tout quoi que ce soit pour gagner un peu d’argent, quitte a se faire exploiter par un systeme toute somme tres capitaliste, et surtout, ne pas lever la voix. Ca pourrait etre dangereux. Ici, on suit ce qu’on nous dit, et on courbe l’echine. Grand dam d’un peuple qui a perdu confiance en soi.

 

Certains tentent de lever petit a petit des mouvements et de former des communautés dans ce contexte difficile. Les mouvements pour la défense des droits de l’Homme n’ont émergé que depuis 10 ans. Le féminisme tout d’abord, car dans une société religieuse, essentielle rurale et toujours tres traditionnelle, les femmes se retrouvent toujours a l’ecart de la vie politique et des opportunités d’emplois. Le chemin leur est dicté par une hiérarchie completement hétéro-patriarchale, et leur opportunités se retrouvent confinés au role de la femme au foyer, impliquée a 200% dans sa maison, son mari et ses enfants. A cela s’ajoutent les problemes d’alcoolisme chez les hommes et les violences domestiques. Hier, j’ai rencontré une activiste Queer de l’association LGBTQ et feministe O Kvir qui est en train de lancer un mouvement éducatif pour former les psychologues et psychotherapeutes du pays, afin de les former aux themes de la liberté des femmes, hétéros, non genrées ou gays, a leur épanouissement et leur protection. C’est la premiere campagne du genre en BiH. Le probleme est que les femmes vivent également conditionnées dans ce systeme patriarchal, sans savoir qu’elles peuvent y échapper, sans meme essayer, tellement leur sort parait fataliste.

 

En ce qui concerne la communauté LGBT, celle ci est au stade de cocon non chrysallidé. Il y a deux organisations, l’Open Center, qui tente de faire bouger les institutions et les lois par l’interieur de l’establishment, et l’autre O Kvir, qui tente de dangereuses actions publiques. Le dernier Queer festival ainsi que la petite conférence de presse de février 2014 se sont soldés par des attaques verbales de groupuscules néo-nazi: « éloignez cette maladie de Sarajevo! » ont-ils crié aux activistes présents devant les journalistes. Il n’y a pas de boites ou bar exclusivement LGBT, mais un cinéma alternatif et un petit bar a peines affichés friendly. Les gays prides sont généralement interdites par la ville qui se  justifie d’excuses malhonnetes, administratives ou de sécurité, alors que sur le papier, les lois contre les discriminations sont bien inscrites, mais ce n’est pas une police homophobe qui va les faire appliquer. Et de toute facon, la communauté LGBT est loin d’etre assez grande pour toute manifestation publique majeure.

Les gays ne sont que rarement out. Sortir du placard quand on vit dans la campagne bosniaque est un risque bien trop grand. La pression machiste et familiale se soldent souvent par de jeunes adolescent fichus dehors par des parents qui ne peuvent vivre le déshonneur familial, par des jeunes gays battus par leurs voisins ou leurs camarades de classes. Et le systeme étant ce qu’il est, il est impossible pour un jeune de partir de chez lui avant d’avoir un travail qui lui premette de louer son propre appartement. Ici, on reste chez ses parents jusqu’a l’age de 30 ans, ou plus. Les perspectives d’emplois étant nulles pour tout jeune qui n’a pas fait au moins une licence, couteuse. Ainsi, un gay de 17 ans issu d’une famille traditionnelle a deux choix, celui que nombres d’entre nous connaissent:  vivre caché, ce qui débouche souvent sur de grosses séquelles psychologiques ou des comportements dangereux, ou bien fuir, et partir a l’étranger, un grand risque également témoin d’un grand courage. On connait les désastres humains de l’immigration par fatalisme.

 

Evidemment, tout n’est pas si opaque de rennoncement, et certains LGBTs, notamment des filles, ont le soutien de leur parents, ou au moins leur indifférence forcée, ce qui, au stade auquel ce trouve le pays est un moindre mal. Pour les garcons, c’est une autre histoire: l’homophobie prend souche dans le machisme et le sexisme, dans un mécanisme tellement familier de renouvellement sociétal inexistant dans les sociétés traditionnelles, encore présentes en France: les deux dernieres années nous l’ont affiché droit a la figure, on en a vu un bien bel exemple Dimanche dernier .  Ici, un homme doit etre un homme, avec tous les attribus déshumanisants de la virilité. Celui qui ne s’y plie pas est de suite affiché: « Ti si Peder ! », et si vous tombez sur une bande de videurs alcoolisés, mieux vaut vite détourner le sujet.

Finalement, il n’y a rien de nouveau, a la différence qu’ici en Bosnie, toute forme de changement semble prématuré. Il faut peut etre se dire, avec une sorte d’optimisme forcé, qu’on est au début de quelque chose. Apres tout, le pays est une nation jeune: 20 ans, et en reconstruction post-conflit. Les choses vont doucement, mais une vraie volonté politique pourrait relever le pays, tel qu’on le voit aujourd’hui en Croatie, et ce que la Slovénie fait depuis 25 ans. Mais la Bosnie est tellement enrouée que l’espoir brulant des jeunes qui veulent bouger s’ettouffe contre le mur de boue d’un fatalisme encore bien trop puissant.

 

A. Coutin – le 29/05/2014

Non classé | 28.05.2014 - 09 h 36 | 0 COMMENTAIRES
Mes interviews sur Le Mouv’ !

Depuis le debut du voyage, je me suis fait interviewé deux fois sur Le Mouv’ pour l’emission  » Allo la planete »

 

http://www.lemouv.fr/player/reecouter?play=143322

Je parle de mon immersion dans une famille adorable mais traditionnelle slovene, et bien evidemment de mon voyage.

(emission du 25 avril, a partir de 25mn34)

 

et l’emission de hier:

http://www.lemouv.fr/player/reecouter?play=151640

Cette fois ci, je parle de mon aventure mouillée le jour des grandes innondations en Bosnie, de l’etat de l’activisme LGBT dans ce pays en developpement, et de l’idée spirituelle de la Marche.

 

(a partir de 12mn40)

Non classé | 13.05.2014 - 12 h 04 | 0 COMMENTAIRES
Interview de France Fister

Lorsque j’etais en Slovenie, j’ai passe trois semaines dans la famille de ce garcon. J’ai parle de cette experience dans un de mes posts precedents.

Voici son interview (en anglais), ou il raconte son experience de jeune gay en Slovenie, et dans sa famille.

 

 

Il raconte, entre autres, comment a la sortie de la gay pride de Ljubljana, il s’est fait prendre a partie par un groupe de neo nazi qui l’ont tabasse.

Non classé | 13.05.2014 - 12 h 02 | 0 COMMENTAIRES
2000 euros a lever pour AllOut en 34 jours !

Salut les yaggeuses !

 

Comme vous le savez peut etre, je marche, a pied donc, de Montpellier jusqu’a Istanbul, a la rencontre de LGBTs dans les Balkans. Cette region souffre d’un gros probleme d’homophobie, qui ruine les vies de millions de LGBTs dans cette region d’Europe.

J’ai deja interviewe quelques personnes, activistes, militants, producteurs de films et jeunes LGBT qui racontent leur experience, et je compte continuer ainsi.

 

Maintenant, j’ai besoin de votre aide ! J’ai 34 jours pour lever 2000 euros de fonds pour une asso que vous connaissez sans doute bien: AllOut, avec qui j’avais collabore lorsque je bossais en Russie.

 

Pour m’aider, je vous invite a visiter ma page Ulule: http://fr.ulule.com/march-against-homophobia/

 

Pour en savoir plus, voici mon blog: Un Ptit Bout On The Road – Rainbow March

 

Et pour faire fremir les reseaux sociaux, RDV ici: https://www.facebook.com/antoine.coutin

 

MERCI A VOUS TOUS !!

 

PS: Vous aurez remarquer l’absence d’accent dans la plupart de mes artciles, c’est parce qu’il n’y en a pas sur les claviers Croates :p